Une conférence sur le changement climatique dans notre département a eu lieu samedi à Saint-Lô, à l’occasion de « La Manche fait sa COP 21 ». Un état des lieux inquiétant. Ouest France 1 décembre 2015
L’état des lieux Il a été dressé par Marie-Annick Buhler, de Météo France Caen. Le département reste marqué par des variations importantes de pluviométrie, voire de températures. Elle relève une hausse sensible des températures minimales depuis la fin des années 1980 et une hausse du niveau de la mer de 3 mm/an. « Et aussi une sensation de beaucoup plus de vent de nord-est depuis quelques années », note Frédéric Gresselin, de la Dreal (1). Ce dernier a ensuite listé des conséquences et des hypothèses liées au réchauffement.
Deux mètres d’eau à Tribehou ?
Dans la Manche, 18 000 constructions sont recensées sous le niveau de la mer. Essentiellement dans la zone des marais, mais aussi sur la côte ouest. « Plus la mer monte, moins les fleuves ont la capacité de se vidanger. Certaines portes à flots sont en mauvais état et bon nombre de digues ont été végétalisées, elles sont habitées par les lapins et les blaireaux. » Tout comme l’enrochement, « cela coûte cher à entretenir, les collectivités n’ont plus les moyens ». Alors, deux mètres d’eau à Tribehou ? « Pourquoi pas … », s’avance l’expert, citant les cas d’inondations à Cherbourg ou à Granville.
10 % de maisons menacées ?
Toujours selon les chiffres de la Dreal, 10 % des maisons sont bâties sur des zones humides dans la Manche. « Bon nombre vont se dégrader. Depuis dix ans, on voit des dommages dus à la nature des sols. » Des maisons fissurées, « surtout dans les marais. Certains pensent que c’est lié à l’exploitation de la ressource en eau potable. Je crois, pour ma part, que c’est lié au changement climatique ». Il conseille aux futurs propriétaires de choisir leur type de construction en fonction de la nature du sol.
Des méduses à la place des bulots ?
La coquille Saint-Jacques et le bulot aiment l’eau froide. Le scénario du réchauffement n’exclut pas leur disparition d’ici 2100 au profit des soles, des sardines… « Un thon rouge a été pêché, cette année, dans la Manche, cela n’avait pas été le cas depuis les années 1920. » Autre nouvelle venue, la méduse. « Elle se sent bien chez nous. » Il y en a des milliers chaque été entre Granville et Chausey. « Et la Manche n’est pas à l’abri des algues vertes, quoi qu’on en dise », termine-t-il.
Saint-Lô, ville chaude
Frédéric Gresselin a choisi la ville préfecture, minérale par excellence, pour donner des conseils de bon sens en terme d’urbanisme. « Il peut y avoir quatre degrés en plus à Saint-Lô par rapport à sa campagne environnante. » À cause de l’impact du bitume et du béton. « Les bâtiments en béton noir sont à la mode, il faut s’en affranchir. » Et préférer le blanc, comme dans les villes du sud. Le géologue a salué le projet de végétalisation de la place du Champde-Mars. « Les arbres peuvent faire baisser la température de 4 à 8 °. »
Un havre pour touristes ?
Le réchauffement peut être aussi une bonne nouvelle pour la Manche. Lors de la canicule de 2003, la température a culminé à + 25 ° à La Hague, contre + 40 ° à Alençon. « Le corps se repose mieux quand la température nocturne est inférieure à 20 °, des gens viendront se reposer chez nous. Les Italiens l’ont déjà bien compris. » Malgré trop de « pesticides dans l’air en zones maraîchères », la Manche a des atouts comme ses paysages préservés et une ressource en eau au niveau. Enfin, Frédéric Gresselin a attribué un bon point aux élus locaux, mobilisés sur le sujet. Et particulièrement ceux au front sur les deux côtes.
Christophe LECONTE.
(1) Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.